• paulinejaillant

LA RENCONTRE AMOUREUSE - Récap du podcast "Emotions" (2/3)

Mis à jour : févr. 27

Épisode 2, la vision sociologique : Les opposés s’attirent-ils vraiment ?

https://louiemedia.com/emotions/amour-sociologie


Dans ce deuxième épisode consacré à la rencontre amoureuse, on reprend l’histoire du coup de foudre de Claire pour David, cette fois-ci sous le prisme de la sociologie.

Maud Ventura essaie de répondre à la question “la foudre amoureuse tombe-t-elle vraiment au hasard?”


Deux mois avant d’arriver à Lyon, Claire lit Belle du Seigneur d’Albert Cohen. Elle décrit ce livre comme étant l’histoire d’amour qu’elle rêve de vivre à ce moment-là. Arrivée à Lyon, elle arpente et découvre la ville à pieds, bercée par la chanson “C'est l’histoire d’un amour” de Dalida.

Claire ne se rend pas compte qu’à ce moment-là, elle prépare le terrain, se met en conditions et forge son imaginaire pour la rencontre amoureuse .


Pour nous aider à comprendre en quoi la sociologie influe (grandement) sur les histoires amoureuses, Maud a rencontré Christophe Giraud - professeur de sociologie à l'Université Paris-Descartes, et chercheur au Centre de Recherche sur les Liens Sociaux.


Pour la sociologie, la rencontre amoureuse est composée d’un ensemble de codes à comprendre, et que l’on apprend sans le savoir tout au long de sa vie.

La rencontre amoureuse, toujours d’un point de vue sociologique, n’est pas un processus naturel (à l’inverse du lâcher de dopamine) : on est socialisé, conditionnés par les films, les chansons, les célébrités, les émissions de radio, les articles …


Christophe Giraud qualifie les histoires d’amour telles qu’on les lit dans les romans “d’amour romantique idéalisé.” C’est un imaginaire qu’on acquiert dès le plus jeune âge à travers tous les vecteurs précédemment cités, caractérisé par une fusion à la rencontre, suivi d’un amour quasi inconditionnel sur le long-terme, et dont le scénario implique généralement une rencontre amoureuse marquante.


Claire, par ses lectures, ses chansons préférées, ses références a appris que l’amour doit ressembler à conte de fée et déclencher la foudre et la passion.





De manière générale, ce sont souvent les premières histoires d’amour que nous vivons sur ce modèle : très jeune mais pourtant très sérieux, on rencontre LA personne avec qui on va passer sa vie et construire une famille.

Mais on ne vous apprendra pas que nous n’aimons pas de la même manière à toutes les étapes de sa vie, et qu’on ne cherche pas la même chose à tous les âges. C’est pourquoi, il arrive qu’après les premières histoires d’amour passionnelles et fusionnelles passées, nous passions à un autre imaginaire : l’amour réaliste.


Les mots d’ordre cette fois-ci : prudence et patience. On prend le temps, on apprend à connaître la personne et on attend de voir ce que ça peut donner sur le long-terme.


Finalement, nos rencontres amoureuses sont donc construites par notre milieu social, notre genre, notre âge, notre époque, ce qu’on lit, ce qu’on voit, ce qu’on écoute …


Tout cela commence à expliquer pourquoi nous avons tendance à être attirés par celui ou celle qui nous ressemble.


Pierre Bourdieu a théorisé ce concept, l’habitus.

L’habitus est l’ensemble des dispositions (normes, valeurs,...) que nous avons intégrées, qui influent sur notre façon de percevoir les situations, les gens. C’est un cadre de perception et de jugement à travers lequel chacun voit les choses.

C’est donc cet habitus qui crée une attirance, une répulsion ou un avis dès que nous voyons quelqu’un, avant même que nous réalisions que nous avons émis un jugement.


Au-delà de l’habitus, la sociologie a également montré que le lieu de rencontre était très significatif. Il a été montré que ce lieu différait selon les milieux sociaux.

Dans des milieux plus populaires, les lieux propices à la rencontre sont des lieux ouverts (les “bals”) tandis que dans les milieux plus favorisés, il s’agit davantage de lieux fermés et semi-fermés (famille, soirée avec invitation, école ... ).


Cette tendance à être attiré par un milieu similaire au nôtre s'appelle l'homogamie. Pour aller plus loin, Claire est même attirée par le pendentif de l’étoile de David, cela la rassure, et cela s’appelle l’homogamie religieuse. On part du principe qu’en construisant avec quelqu’un qui nous ressemble, on aura moins de compromis à faire, l’entente et la vision des choses sera plus simple.


On voit que les rencontres, généralement vécues comme un hasard, sont en réalité explicables grâce à la sociologie.


Pour résumé, à travers la situation de Claire :

Claire est conditionnée dès son plus jeune âge à imaginer et reproduire un idéal de relation, et à cette période de sa vie elle a envie de rencontrer quelqu’un.

Elle arrive dans une école de commerce où les jeunes se retrouvent toujours entre eux, en “vase clos” pour faire la fête. Les élèves de cet école proviennent globalement d’un milieu social homogène, ce qui favorise le cadre de la rencontre.

Claire voit David à travers le prisme de son habitus : elle perçoit dès le premier regard ce qui lui plaît ou lui plaît moins (et en l'occurrence il lui plaît beaucoup). Elle est attirée par la façon dont il est habillé et coiffé, sa façon de se tenir, sa posture, son étoile de David … Tout cela répond aux valeurs et normes intégrées dans l’habitus de Claire.


Claire et David cochent donc toutes les cases de l'homogamie. Sociologiquement, il y avait toutes les chances que Claire rencontre quelqu’un à cette soirée, qu’une situation de couple émerge.

Mais pourquoi David, et pas Thomas ou Gabriel ou Jean-Paul ?

La sociologie permet d’expliquer une rencontre amoureuse, mais ne permet pas de la prévoir.

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